A la table de la Villa d’Este

Dimanche, 11 octobre 2009

par Frère Willy

Nichée le long de la rue de l’Etoile, la Villa d’Este est une sorte d’exception au milieu de son environnement: une bâtisse bourgeoise plantée entre des blocs de maisons ouvrières décrépies et des entrepôts. Passée la surprise de la localisation, on apprécie d’emblée le grand parking privé qui accueille la clientèle et lui évite des chasses pénibles à la place de stationnement

Villa d'Este

Villa d'Este

A l’intérieur, un point d’honneur semble avoir été mis à favoriser l’intime et le feutré: une série de loggias et de tables rondes permettent d’allier plaisir de la bouche, calme et volupté. Ce souci s’accompagne néanmoins d’un petit bémol, la salle semble avoir vu passer les années (de bonne réputation) et elle tend un peu trop vers le style élégant de province (on susurre pourtant de récentes mises à jour de la décoration). Le jour de notre passage, la météo ne permettait pas d’apprécier le jardin qui est, paraît-il, très agréable à la belle saison.

Côté accueil, le patron Jacky Zia (un ancien de la Villa Lorraine, à l’époque des trois étoiles s’entendant) est une personne aussi adorable, avenante, passionnante que passionnée. Il a toujours les mots doux et raffinés pour décrire sa carte et conseiller les vins, comme un artiste qui décline son oeuvre devant un public ravi. Place à l’essentiel maintenant, le flirt avec les palais. La cuisine y est gastronomique et française, la carte varie  selon les humeurs de la brigade en cuisine et elle ne manque pas de surprendre. En effet, à côté des très traditionnelles huîtres creuses sur glace et le foie gras d’oie cuit au torchon, le parmentier de queue de boeuf avec son jus corsé à la truffe noire, rappelle une cuisine d’antan sacrifiée sur l’autel de la fusion (et souvent du mauvais goût).

Lors de notre passage, nous avons ouvert les hostilités avec deux coupes de champagne accompagnées de mises en bouche. Dans un tempo sans faute furent ensuite servis respectivement, en entrée, un duo de ravioles chaudes de foie gras et, comme plats principaux, une épaule d’agneau cuite au four, compotée de fèves à la sarriette, jus de cuisson montée à l’huile de truffe et des filets de sole et homard à l’orientale de « chez Pierrot », parfumés au curry de Madras (un clin d’oeil à Pierrot, le défunt restaurant de Rhodes Saint-Génèse où le patron a notamment oeuvré). Tout à l’onctueux, une viande parfaitement moulée à la louche après une cuisson à basse température et un curry relevé avec douceur pour ne pas neutraliser l’arôme naturel du homard. Seule critique au chapitre: une cuisine savamment maîtrisée sauf sur l’ajout de sel, parfois insaisissable.

Au niveau des vins, nous avons opté pour un Fitou Cuvée des Ardoises, très apprécié parmi les centaines de choix de référence. Pas de desserts ni de fromages, ce n’est pas que la carte manquait d’attraits mais nous étions tout simplement repus et satisfaits. Verdict: des produits de grande fraîcheur, une explosion des sens, beaucoup de plaisir, bref, une adresse qui mérite son bib gourmand au Michelin.

Budget: à éviter les mois de grands frais, comptez 80-100 euros par personne (apéritif, entrée, plat et bouteille de vin inclus); Adresse: Villa d’Este – Rue de l’Etoile 142 à 1180 Bruxelles – Tel. 02 376 48 48; Site internet: www. villa-deste.net.

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